HUARAZ du 5 au 14 février
A l’arrivée à Huaraz, nous ne sommes pas très en forme. On a pourtant pu dormir dans le bus, mais passer de l’altitude 0 (Trujillo est près de l’océan) à 3 000 m en quelques heures pose parfois des problèmes.
A l’hostal Huaraz Colonial, malgré l’heure très matinale, on nous ouvre la porte et même on nous donne tout de suite notre chambre. On peut ainsi récupérer un peu avant d’aller découvrir la ville. Nous sommes logés juste à côté du Mercado Central, qui s’étend dans les rues avoisinantes avec toutes les femmes de la campagne qui viennent vendre leurs produits : fruits, légumes, œufs, etc.
On a parfois du mal à se frayer un chemin entre les « bancs des marchands » et les véhicules, mais tout est à portée de main et pour des prix défiant tout concurrence : des avocats (palta ici), des ananas, des bananes, des mangues, et les incontournables « papas », les pommes de terre, dont c’est le pays d’origine. Il faut admettre que certaines marchandises ne font pas toujours envie pour des occidentaux soit pour des questions d’hygiène, comme le poulet ou le poisson sans vitrine réfrigérée, ou pour des questions culturelles, comme le cochon d’Inde (ici, cuy, à prononcer couille). Ici c’est comme le lapin chez nous. Il faut s’habituer aux bruits, aux odeurs, aux frottements avec les autres, mais on ne se sent jamais en insécurité. Après 2 ou 3 jours, on nous salue dans la rue.
Comme d’habitude, notre première sortie est pour l’office de tourisme pour glaner toutes les informations possibles sur les randonnées, les monuments, les musées, les transports en commun, etc. Il faut souligner qu’I-Perú a été irréprochable jusqu’à présent, partout où nous sommes passés. Et comme c’est la saison creuse, on a même eu droit à des petits cadeaux. On passe ensuite voir quelques agences de voyages pour préparer nos futures sorties. Puis on fait un détour par la Sernanp, bureau du Parque Nacional Huascaran. Un responsable du parc nous donne de nombreuses explications sur les itinéraires ouverts, les règles et le prix à payer pour les entrées dans le parc.
Mardi 6 février
Pour la sortie d’acclimatation à l'altitude, nous prenons un mini-bus en direction du lieu-dit Pitec, à 20 km de la ville (altitude 3 840 m). Nous payons à la garde du parc 60 soles chacun, pour 3 entrées successives dans le parc national, puis nous commençons notre ascension vers le lac Churup.
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| Le lac se trouve derrière le col, tout là-haut. |
Le chemin grimpe fort, avec parfois des marches très hautes, puis il devient franchement escalade. Heureusement, il est un peu équipé, avec des chaînes pour s’accrocher. A l’arrivée, après 3 heures de montée, le souffle est court pour découvrir le lac perché à 4 450m d’altitude.
La descente, bien que pénible pour les articulations, se fait en 2 heures. Notre mini-bus nous attend. Enfin, pas que nous…
Les femmes quechuas portent toujours le costume traditionnel, alors que les hommes jamais. Pourquoi ? Et c’est pareil dans toutes les Andes. Ici, collants de laine, jupes de laine, gilets de laine et la llicla (ou manta ou aguayo) qui sert à se couvrir les épaules, mais aussi à porter toutes les charges possibles, y compris les enfants. Un tissu est également porté sur le chapeau pour le protéger ou pour faire joli, quand il y a du soleil.
Mercredi 7 février
Départ à 5:00 du matin pour 3 heures de bus jusqu’au lac de Llanganuco, point de départ de la randonnée jusqu’au lac 69. Celui-là n’a pas de nom, mais seulement son numéro d’inventaire au parc national. Il est tellement loin des habitations que personne n’a jamais songé à lui donner un nom. Cette randonnée est absolument magnifique, montant d’abord doucement dans une vallée verte avec un beau torrent.
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| Le Huandoy, 6 395 m. |
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| Laguna Llanganuco avec un magnifique queñal (Polylepis), arbre des hautes altitudes |
Puis la pente s’accentue. Les dernières centaines de mètres sont terribles. Mais on tient le coup et on va jusqu’en haut. Cette randonnée est la plus réputée du secteur.
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| Pique-nique au bord du lac à 4 604 m d’altitude |
La descente est plus facile même s’il faut être vigilant. On en profite pour admirer le paysage et la nature.
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| Une viscacha, entre le lapin et la marmotte |
Jeudi 8 février
Nous voyageons en bus avec une agence pour nous rendre à Chacas, à seulement 100 km de Huaraz. Mais voilà, c’est de l’autre côté de la cordillère ; il faut donc 3 heures pour s’y rendre, en passant par Carhuaz, puis le tunnel de Punta Olimpica (le plus haut du continent à 4 736 m d’altitude) pour aboutir dans le callejon de Huaylas.
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| Plaza de Armas de Carhuaz |
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| Les eaux blanches qui descendent du glacier du nevado Contrahierbas, au fond |
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| Laguna Belaúnde : admirez la route qui nous attend… |
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| Comme partout, les glaciers sont en net recul à cause du réchauffement de la planète |
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| Laguna Cancaracá |
Nous arrivons ensuite à Chacas, petite ville de 3 000 habitants, qui a la particularité d’avoir conservé son architecture originale andine de style andalou, avec des maisons à balcons et portails sculptés par les Artisans Don Bosco.
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| Santuario de Nuestra Señora de la Asunción de Chacas. |
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| Le portail de l'église |
Chacas est aussi le siège de l’opération Mato Grosso, organisation humanitaire initiée par le prêtre italien Ugo de Censi, de la congrégation salésienne. Nous rencontrons par hasard, en visitant la boutique des ateliers Don Bosco, Monica, qui est venu de Toscane pour voir son fils Michele qui œuvre comme bénévole depuis 4 ans au sein de la fondation. Grâce à elle, nous pouvons visiter rapidement les ateliers où sont formés et où travaillent de nombreux jeunes choisis pour leur origine la plus pauvre.
Outre la sculpture du bois ou de la pierre, les ateliers fabriquent des meubles et plein d’autres choses.
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| Laguna Querococha |
Arrivés sur place, nous visitons d’abord le musée qui nous déçoit car, sous une façade de modernisme et de sobriété, on n'y apprend rien. Pas de cartels d’explication, aucune pédagogie. On y voit seulement quelques belles pièces issues du site voisin. A commencer par une collections de cabezas clavas de la plus anthropomorphe à la plus stylisée. Ces pièces étaient encastrées tous les 2,50 m dans la façade du Temple de Chavín.
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| Obélisque Tello, trouvé à l’intérieur du temple |
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| Vase représentant un homme égorgé, de profil |
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| de face |
Puis nous nous rendons sur le site où Neli, notre guide, assure les commentaires et explications.
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| Façade du temple vue de la place publique |
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| Pierre présentant 7 vasques utilisées pour des actes divinatoires |
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| Galerie à l’intérieur du temple |
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| La seule cabeza clava laissée sur le site |
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| Le village aujourd’hui |
Samedi 10 février
Un peu de repos aujourd’hui. On fait quelques courses et on prépare la suite du voyage.
On commence par acheter du porcelet grillé. Avec choclos (grains de maïs bouillis) accompagnés d’une sauce un peu relevée et salade.
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| Lechon (porcelet) au four |
C’est Carnaval et quelques groupes défilent dans la rue à l’occasion de l’élection du roi Momo.
Le soir, le ciel nous gratifie d’un spectacle superbe.
Dimanche 11 février
L’après-midi est consacrée au Carnaval : défilé des comparsas avec leur char et leur reine.
la danse de la marinera
Le seul problème dans ce carnaval vient des batailles d’eau et surtout, nouvelle mode, de peinture. On avait déjà eu le talc à La Palma (Canaries), la farine à Humahuaca (Argentine) et là, c’est moins drôle. On se tient donc à l’écart des zones à risque.
Lundi 12 février
Encore une sortie via une agence pour aller dans le nord de Huaraz. Une pause à Marcará pour prendre un petit-déjeuner et le mini-bus s’enfonce dans la quebrada (gorge) de Honda pour admirer une cascade d’abord.
Le mini-bus quitte ensuite la route déjà bien rustique pour une piste qui grimpe dans la montagne avec mille lacets. Croisement interdit. La communauté indigène du secteur a trouvé un filon : ils ont repéré 2 lacs presque inconnus, ont fait tracer à coups de bulldozer une piste et perçoivent au passage 10 soles par touriste. A côté du parking où sont stationnés déjà 6 ou 7 bus, le premier lac : Rocotuyoc.
Depuis le parking, un chemin, à travers les roches rabotées par les glaciers, nous conduit en 20 minutes à un second lac, appelé laguna congelada, dans lequel un glacier vêle (c’est ainsi que l’on qualifie la descente du glacier dans l’eau).
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| Là-haut, le Pacchajaru (5 744 m) qui génère le glacier. les chutes de séracs sont fréquentes (3 en 45 minutes). |
Mardi 13 février
Aujourd’hui, le carnaval se poursuit à Huaraz, et c’est la guerre : bataille d’eau et de peinture. On s’empresse de quitter la ville en mini-bus pour le village voisin de Santa-Cruz, d’où part un chemin vers le lac Winkacocha. Cette randonnée est, en général, conseillée pour s’acclimater à l’altitude. Pour nous, ce n’est plus nécessaire, mais un couple de jeunes majorquins, Miquel et Aina, qui vivent au même hostal que nous, l’ont trouvée sympa. Au passage, nous avons beaucoup discuté avec ces jeunes espagnols. Ils sont partis pour 6 mois visiter l’Amérique latine, et nous partageons un bon nombre de valeurs. Tous les soirs on papote en faisant la cuisine ou en dînant.
On entend des pétards au loin et aussi des bribes de musique. Sur le chemin, il y a beaucoup de gens du village qui montent aussi vers le lac. On apprend ainsi au fur et à mesure qu’il y a une grande fête là-haut : la fête de Sta-Cruz.
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| Maryvonne se fait une copine en lui prêtant un bâton de marche : Juli |
Le chef du village (l’alcalde ?) me souhaite la bienvenue et quand je lui dit que nous sommes français, il appelle un gars qui parle français : Ugo, guide de haute montagne qui habite le village. On repasse assez vite à l’espagnol et on discute pendant plus d’une heure. On nous apporte à manger, à boire (de la chicha de jora). On paie aussi un coup à boire : una cervecita (tu parles d’une petite bière : 665 ml).
Demain, on refait les valises, mais quel beau séjour à Huaraz.
Notre projet prévoyait que nous poursuivions le voyage en Équateur avec la visite de quelques endroits que ne connaissons pas encore dans le sud et sur la côte pacifique. Puis un séjour de 3 semaines chez nos amis Cumanda et Fausto près de Riobamba. L'actualité en a décidé autrement. Dans la lutte des autorités équatoriennes contre les narcotrafiquants, le nouveau président a décidé de proclamer l'état d'urgence et de donner des pouvoirs accrus à la police et à l'armée. Outre le couvre-feu, les exigences particulières pour entrer dans le pays et les difficultés à se déplacer nous ont conduit à renoncer.
Changement de plan donc avec un passage par Cuzco (que nous connaissons déjà), puis une poursuite vers la Bolivie que nous n'avons visité que partiellement.
Deux longues nuits de bus nous attendent : Huaraz-Lima (500 km), puis Lima-Cuzco (1100 km)




















































































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