LA PAZ du 22 au 26 février

Jeudi 22 février

Une nuit de plus dans le bus. La route, ou plutôt la piste, traverse l'altiplano que l'on appelle puna ici. Un bus de jour, très rare, n'apporterait rien pour la vision du paysage, car c'est une immense plaine d'altitude (aux environs de 4000m), souvent recouverte d'ichu, cette graminées typique qui sert de nourriture à tous les camélidés du coin : vigognes, guanacos (plutôt en Argentine), lamas et alpacas.

Nous passons par Puno, sans arrêt,mais ce qui nous rappelle des souvenirs : la fête de la Virgen de la Candelaria en 2018.(voir le blog : https://www.blogger.com/blog/post/edit/423697466244884739/340748863556694165).

Nous apercevons par moment le lac Titicaca et ses îles avant d'arriver au poste frontière de Desaguadero, tout neuf, commun aux deux pays : Pérou et Bolivie. Puis nous traversons El Alto, 2è ville du pays, située à 4 000 m d'altitude avant de plonger sur La Paz qui s'étale entre 3800 et 3000 m d'altitude.

Nous retrouvons La Paz avec plaisir. Malgré sa circulation infernale, la pollution atmosphérique et ses tours de 20 à 30 étages. Nous avons d'ailleurs élu domicile dans l'une d'elle, presque neuve, au 15è étage, dans le quartier de Sopocachi assez proche du centre historique. Ça nous change de la presqu'île de Rhuys.

José, le propriétaire du Airbnb, nous reçoit très gentiment, nous montre l'appartement très joli et nous donne de nombreux renseignements utiles. Nous avions déjà pas mal échangé par messages avant notre arrivée. C'est vraiment super un accueil comme ça.

Nous faisons un petit tour dans le quartier en repérage : restaurants, boulangerie française (chez Moustache), supermarché...On est là pour une semaine, on va en profiter...

Vendredi 23 février

En descendant de l'immeuble, nous demandons au concierge, puis à des passants où prendre le bus pour le centre-ville. A l'arrêt de bus (paradero ici), nous regardons passer les mini-bus innombrables, et quelques voitures particulières, avant qu'un bus de ville nous prenne.

Première étape, l'office de tourisme pour collecter des plans, des idées d'excursions et de visites, et des informations pratiques sur les transports. D'emblée, on écarte ce que l'on a déjà vu : la vallée de la Luna par exemple. L'accueil est très aimable et serviable, et efficace.

Dans le centre-ville, on se repère assez vite : l'église San Francisco, la rue Sagarnaga et la rue Linares où se trouve une grande partie des boutiques d'artisanat et de souvenirs...Vamos de tienda.

Calle Linares

A l'extrémité de la rue Linares, on trouve des boutiques assez particulières : le marché des sorcières (mercado de las brujas) : herbes, poudres, pierres magiques, accessoires et...les foetus de lama séchés. Tout cela pour soigner, éloigner les malédictions et faire des offrandes à la Pachamama, la Terre-mère.

boutique de sorcière

Tout le nécessaire est là


Lama mort-né destiné aux offrandes à la Pachamama

Il faut en enterrer un fœtus de lama dans les fondations de la maison pour la protéger.


Bruja devant sa boutique

Encore une qui brûle de l'encens

Voyant ou diseur de bonne aventure (mais pas pour les gringos)

Rue Sagarnaga, nous trouvons un petit restaurant fréquenté par les pacéniens, qui propose un menu du jour. Ça semble propre, bien tenu et fréquenté. Sopa ajiaco, saice de res con arroz al queso y papas fritas, arroz de leche pour 20 bolivianos (moins de 2,85 € par personne) + un demi-litre de jus de maracuja. Le tout servi rapidement avec le sourire.

Recette del Saice paceño : https://youtu.be/kRRsR8swGyc


Repus et pleins d'énergie nous pouvons continuer à arpenter les rues, toujours pentues. Direction le MUSEF, Musée national d'Ethnographie et du Folklore. Nous le connaissons déjà, mais il est très riche et intéressant. Installé dans le palais des marquis de Villaverde, bâtiment colonial un peu défraîchi, il présente des collections de textiles, de masques rituels, de décorations en plumes, de céramiques précolombiennes, de minéraux et de métallurgie, et enfin d'instruments de musique.






Nous sommes sur le point de sortir lorsqu'une dame nous invite à entrer dans l'auditorium pour voir un film documentaire. Un peu intimidés et hésitants, car il nous semble que les spectateurs sont exclusivement des natifs dont beaucoup sont en costumes traditionnels, nous finissons par entrer et nous installer discrètement au fond de la salle. Deux autres "gringos", jeunes, nous emboîtent le pas.

Tout d'abord, nous écoutons (sans rien y comprendre car c'est en aymara), un groupe de femmes chanter de vieux chants traditionnels qu'elles ont collectés, ici et là, dans les campagnes (un peu comme en Bretagne, ou ailleurs).


Ensuite, après un discours de présentation de l'auteur et du contexte, nous assistons à la première projection en Bolivie du documentaire (documental) "Pachakuti El Viaje".


Pachakuti représente un changement intégral à tous les niveaux : spirituel, éthique, social, économique et politique. Dans ce processus, la transformation doit conduire à reprendre le chemin de la réciprocité, de la solidarité, de la justice sociale, de la paix et de la défense de la vie dans toutes ses manifestations. "Une grande opportunité, pour aider à rétablir l’équilibre entre le cosmos et la Terre".

La conception de l'univers inca est toujours articulé sur une dualité : homme-femme, Lune-Soleil, ordre-chaos). Elle divise l'Univers en trois grands ensembles complémentaires, entre lesquels les prêtres chamans assurent la communication. Hanan Pacha qui correspond au monde d'en-haut, est souvent symbolisé par un condor . Kay Pacha est la terre, le monde des vivants, incarné par un puma. Urin Pacha enfin, qui englobe Hanan et Uku Pacha, désigne le monde inférieur, où réside les esprits des défunts, représenté par un serpent. L'arc-en-ciel (arcoiris) fait le lien entre les trois monde.


Le réalisateur du film, Juan Diego Iorio, est allé à la rencontre des anciens et des sages, pendant deux ans, du Mexique jusqu'au Chili ou l'Argentine. Ils lui font part de  leur attente d'un changement, d'une inversion, d'un retour aux valeurs ancestrales. Le dernier "pachakuti" correspond à l'arrivée des espagnoles il y a 500 ans.

Lien de présentation du film :https://www.youtube.com/watch?v=UsvrhI3aUOo

Cela nous rappelle de nombreux échanges que nous avons eus au fil des années : en Colombie avec un mamo (shaman) arhueco, au Pérou avec notre guide sur le Qhapaq Ñan (chemin inca) vers Machu Picchu, ou à Palora (Amazonie équatorienne) avec Stalin, shaman d'une tribu shuar.

Ensuite un musicien, quechua cette fois, nous interprète quelques morceaux inspirés du folklore au charango, instrument inspiré de la guitare.


Il s'agit de musique huayno typique du Pérou, Bolivie et Argentine du nord.

Un groupe folklorique aymara clôt la réunion.


Certains (et certaine) vont même jusqu'à danser.



Nous rentrons ensuite chez nous en téléphérique. La Paz compte 10 téléphériques et ce n'est pas pour aller sur les pistes de ski. Il s'agit d'un transport en commun comme un autre et il a l'avantage de ne pas subir les embouteillages.

Samedi 24 février

Journée tranquille avec courses, promenade à pieds et en téléphérique. On doit aussi passer au terminal terrestre (gare routière) pour obtenir les horaires et compagnies de bus pour la suite du voyage. Ce ,e sont que de petites entreprises et obtenir les informations sur internet est impossible.




Dimanche 25 février

Il y a quelques jours, nous avons repris contact avec Estrella, qui a été notre guide lors de l'ascension du Pico Austria en 2018. Ce midi, elle vient nous voir et déjeuner avec nous.

Nous sommes très heureux de le revoir et c'est réciproque. Elle se souvient bien de nous (on a dû lui en faire baver...). Non, en fait nous étions ses premiers clients comme guide de trekking.

Elle a dû changer de voie à cause de la pandémie de Covid. Même si elle reste guide, elle a suivi une formation de physiothérapeute qu'elle doit terminer en avril. Ensuite, elle ira travailler en milieu hospitalier.

Nous parlons aussi de sa maman, Dora, cuisinière, et de sa soeur Ana Lia, enseignante, cholitas toutes les deux et alpinistes. Les cholas ou cholitas (diminutif) sont des femmes ayant une forte identification à la culture indigène, et qui portent le costume traditionnel. Celui-ci se caractérise par quelques éléments essentiels comme la robe à trois volants appelée pollera, le chapeau melon appelé bombín et le châle ou aguayo (qui sert aussi à envelopper et porter les charges).


Dora et Ana Lia ont fait partie de l'expédition des cholitas escaladoras qui ont fait l'ascension de l'Aconcagua. Celui-ci est, avec 6962 m d'altitude, le point culminant d'Amérique du Sud et même du monde hors Asie.

On peut voir le trailer de ce film documentaire sur Youtube :
https://www.youtube.com/watch?v=wL8qQ6gYmCk

Il est passé en version française sur Arte TV, mais n'est plus diffusé. Ce film a obtenu plusieurs prix de films de montagne (Grenoble, Les Diablerets, La Rochelle...).

Pour celles et ceux qui ont plus de temps, un reportage sur les cholitas escaladoras :
https://www.youtube.com/watch?v=9s6xy00QXzo
(sous-titres espagnols possibles)

La journée passe très vite et nous convenons de revenir la voir lorsque nous repasserons par La Paz fin mars.


Lundi 26 février

Aujourd'hui, direction Sorata au pied de la Cordillère Royale, à 150 km de La Paz. On prend un mini-bus, ici on parle de movilidad, à la station dédiée à ce trajet. La route longe pendant un moment le lac Titicaca, puis s'élève dans la montagne. On finit dans les nuages et il pleut à Sorata.
Si, il y a 6 ans, nous n'avions pas eu de pluie, il en est autrement cette année. Rien d'étonnant, c'est la saison de pluies jusqu'à mi-mars environ.
Nous commençons par chercher notre hôtel pour y laisser nos sacs à dos...Au lieu indiqué sur les cartes (Mapsme et Google Maps) point d'hôtel. En interrogeant les passants, nous apprenons qu'il existe bien, mais sur une autre rue, un peu plus éloignée du centre. Il s'avère qu'il est situé tout en bas du village, près d'un pont suspendu qui franchit le torrent. Y descendre est déjà un exercice en soi, en remonter un entraînement à la montagne. Il est fermé : personne pour nous accueillir, et seulement un numéro de téléphone...aux États-Unis. Des voisins et passants nous donnent des informations contradictoires. Nous laissons un message, à l'ancienne, c'est à dire un billet écrit avec notre numéro de téléphone bolivien. Et nous remontons au village.
Voilà ce que c'est de voyager en basse saison...
Passé l'heure prévue du check-in, nous nous mettons en recherche d'un autre hôtel. On en visite deux, mal tenus, sales, avant d'en trouver un 3è un peu mieux, avec une belle vue...sur les nuages. On ne voit pas le fond de la gorge qu'il domine pourtant. L'hôtel Mirador.

On se promène un peu aux alentours, sous la pluie parfois. L'office de tourisme est fermé et personne ne sait pourquoi. 


Rio San Cristóbal et le pont suspendu



Cette dame fait des bouquets de genêt (retama) pour revendre

Magnifique panorama sur les nuages

Nouvelles constructions au bord du vide sur des terrains qui ne demandent qu'à s'ébouler sous l'effet de la pluie


Plaza Penaranda

D'après nos informations, la gruta (grotte) de San Pedro est la seule chose que l'on puisse aller voir, compte tenu de la météo. Tous les autres centres d'intérêt repose sur les panoramas sur les vallées et les sommets.


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