Potosi du 1er au 4 mars
Vendredi 1er mars
Fondée en 1545 pour exploiter la mine d'argent du Cerro Rico, la ville de Potosí connait alors une expansion incroyable. Au XVIè s., Potosí compte plus d'habitants que Paris ou Londres. L'argent tiré de la mine, en quantité énorme (plus de 30 000 tonnes) par l'exploitation des indigènes, inonde l'Europe via l'Espagne. Une expression espagnole en est tirée : "Vale un Potosí" Don Quijote, M de Cervantes. En français, on dirait : c'est le Pérou.
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| Notre hôtel à 2 cuadras du centre |
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| Place centrale de Potosí avec en arrière plan le Cerro Rico |
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| Place du 6 août et la cathédrale en arrière-plan |
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| Cathédrale basilique Nuestra Señora de La Paz (XIXè s.) |
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| Le 2ème clocher de la cathédrale |
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| Place du 10 novembre, vue du clocher de la cathédrale |
Après bien des hésitations au cours de ces derniers jours (crainte du voyeurisme, respect des mineurs et de ceux qui sont morts), nous avons décidé d'aller visiter les mines du Cerro Rico. Pour cela, nous choisissons une agence qui semble présenter des garanties de respect des ouvriers de la mine. Notre guide s'appelle Soleil (ça ne s'invente pas), elle a elle-même travaillé dans la mine.
Petit retour sur l'Histoire.
Les colons espagnols sont à la recherche d'or (le fameux El Dorado, jamais trouvé), à défaut ils trouveront de l'argent à Potosí. La légende veut que ce soit un berger, Diego Huallpa, qui découvrit le premier, par hasard, une pépite d'argent. Le Cerro Rico (la montagne riche) qui domine Potosi de ses 4 782 m, renfermait dans ses flancs le plus riche gisement d'argent du monde. L'argent a d'abord été exploité en surface, puis par des galeries creusées dans la montagne (plus de 600 aujourd'hui). Pour extraire le minerai, le trier, le concasser, le traiter au mercure, il fallait une main d'œuvre énorme (jusqu'à 80 00 personnes). Les colons ont remis en vigueur la vieille notion de mita (normalement travaux collectifs) à leur profit : en fait un véritable esclavage. Des millions d'aymaras et de quechuas, puis d'africains et aujourd'hui de métis sont morts dans ces mines (on parle de 8 millions de morts).
La "mita" n'a plus cours et depuis la fin du XIXè s. les mineurs sont en coopérative. Pour exploiter une galerie, le mineur doit payer une taxe de 13% à l'état bolivien sur le minerai extrait, puis doit verser 3 % de ses gains à la coopérative qui gère les galeries principales. Le mineur est responsable de sa galerie secondaire. Il doit rémunérer ses compagnons : les "peones" qui poussent les wagonnets, ceux qui trient, et son ou ses adjoints avec qui il creuse, fore, et dynamite.
Le plus gros changement, c'est qu'il n'y a plus beaucoup d'argent, mais surtout de l'étain, du plomb et un peu de cuivre parfois. Sept entreprises achètent le minerai aux mineurs.
Puis le minerai est trié, concassé, et envoyé par camions dans une usine installée à 1 km du cerro. Il est traité par flottation (et plus au mercure) pour en extraire les métaux intéressants en fonction des cours mondiaux (actuellement l'étain est acheté à un bon prix).
Il y a eu jusqu'à 80 000 mineurs dans les galeries, aujourd'hui une quinzaine de milles. On peut y trouver des femmes (surtout au tri), des jeunes, mais pas d'enfants. Certains jeunes travaillent là pour payer leurs études. En effet, le salaire est intéressant. Un "peón", le moins spécialisé, peut gagner 2 à 300 bolivianos par jour de travail, et un chef (responsable de sa galerie) jusqu'à 10 fois plus ? Difficile d'obtenir des chiffres précis. Le salaire médian en Bolivie est de 2050 bolivianos par mois.
Visite de la mine
Soleil passe nous prendre à l'hôtel et, surprise, nous ne sommes que trois pour la visite. Avec nous Rafaël, un jeune français.
Le mini-bus nous emmène d'abord dans un local où nous enfilons un pantalon, une blouse, des bottes et posons sur nos têtes un casque avec lampe électrique.
Le deuxième arrêt est pour acheter des produits à offrir aux mineurs que nous allons rencontrer : des feuilles de coca, de l'alcool à 96° (le "pastis de Potosí"), de la stevia ou de la menthe (pour aller avec les feuilles de coca), des cigarettes de plantes variées et des bâtons de dynamite. Soleil a fait le choix pour nous, faisons lui confiance : des feuilles de coca et des sodas.
Le mini-bus nous emmène d'abord dans un local où nous enfilons un pantalon, une blouse, des bottes et posons sur nos têtes un casque avec lampe électrique.
Le deuxième arrêt est pour acheter des produits à offrir aux mineurs que nous allons rencontrer : des feuilles de coca, de l'alcool à 96° (le "pastis de Potosí"), de la stevia ou de la menthe (pour aller avec les feuilles de coca), des cigarettes de plantes variées et des bâtons de dynamite. Soleil a fait le choix pour nous, faisons lui confiance : des feuilles de coca et des sodas.
Au pied de la montagne, on commence par voir des tas monstrueux de gravillons : ce sont les stériles, qui s'entassent.
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| Du haut du terril de stériles |
On commence par le tri du minerai avant qu'il soit chargé dans les camions.
Puis on s'approche de l'entrée de la galerie où nous allons pénétrer. Des wagonnets sortent et entrent, poussés par deux "peones".
Nous marchons en file indienne en regardant où nous posons les pieds, entre les rails des wagonnets. De temps en temps, il faut s'écarter pour laisser les wagonnets passer. Nous entendrons trois bruits sourds : des tirs de dynamite. Mais nous n'irons pas voir sur place car il y a trop de poussière. Nous allons pénétrer d'environ un kilomètre dans cette galerie, légèrement pentue.
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| Etaiements non homologués |
Chargement d'un wagonnet
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| Avec deux des mineurs rencontrés au fond |
Nous restons parler pendant 5 minutes avec deux mineurs rencontrés au fond. Ils sortent de la galerie qu'ils ont amorcée pour venir vers nous. Ils nous font goûter leur cocktail : du coca-cola avec de l'alcool à 96°.
Avant de ressortir, Soleil nous amène voir El Tío, le dieu de la mine. La montagne, comme tout ce qui est terre, appartient à la Pachamama. Pour les évangélisateurs espagnols (surtout franciscains à Potosí), il ne pouvait y avoir de Dieu bon au fond de la terre, ils en ont fait un Diable, auquel il faut demander l'autorisation de creuser. Le syncrétisme andin a fait le reste...Et Dios s'est transformé en Tío.
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| Il convient d'honorer El Tío en lui offrant de l'alcool, de la bière, des cigarettes (si la cigarette ne brûle pas, c'est que la journée ne sera pas bonne). |
Nous ressortons en étant un peu éblouis par le soleil, et contents de respirer l'air pur.
Les mineurs travaillent le temps qu'ils veulent chaque jour : 8, 10, 16 heures. Mais pas le samedi après-midi, ni le dimanche.
Le soir, nous faisons une courte visite à la Casa Nacional de Moneda, musée national consacré à la monnaie frappée ici, mais aussi à l'histoire de la Bolivie.
Nous y reviendrons...demain
Samedi 2 mars
Le musée historique occupe les bâtiments de la Casa Real de Moneda de Potosí, fondée en 1572 par le vice-roi du Pérou, Francisco de Toledo. Profitant de la présence sur place des métaux indispensables à la fabrication de monnaies. Profitant aussi de l'esclavage alors en usage (contrairement aux édits royaux, probablement hypocrites). Comptant quatre fours pour la fusion du métal et de nombreux ateliers de frappe qui évoluèrent au fil du développement technologique : frappe manuelle, entraînement des machines par des mules, la vapeur puis l'électricité.
Aujourd'hui la Bolivie ne frappe plus sa monnaie. Les pièces sont fabriquées au Chili et les billets en France.
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| Une des cours intérieures |
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| Atelier de fabrication des lingots (fusion du métal) |
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| Les soufflets nécessaires pour atteindre 900°C |
La visite de ce musée est un peu gâchée par les guides qui expédient ça en une heure à peine, et qui expliquent que ce qu'ils veulent bien expliquer. Une visite autonome avec des cartels explicatifs serait certainement plus enrichissante...sauf pour la pratique de l'espagnol !
A midi, nous sommes face à la cathédrale-basilique, car nous avions appris que la Vierge de la Candelaria, vue dans la cathédrale, faisait un tour en ville ce samedi.
Du monde attend dehors pendant que se déroule la messe. Renues colorées, voiture décorées voire bariolées, autels aux 4 coins de la place, tout indique que la Vierge est attendue.
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| Cholas en tenues d'apparat, ou plutôt de défilé |
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| Très kitsch n'est-ce pas ? |
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| La Vierge sort de l'église |
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| Les musiciens n'ont pas tous fait le Conservatoire, mais le cœur y est... |
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| Le prêtre officiant est en tête du cortège pour visiter les 4 autels de la place |
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| Un des autels, installé par une famille |
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| La Vierge de la Candelaria |
Puis nous arpentons les rues du centre de Potosí. On nous a invité à visiter l'église San Martín, église d'origine indigène, particulièrement belle.
Dimanche 3 mars
Au lever ce matin, on trouve une ville d'un calme absolu. Cela tranche avec le vacarme du samedi soir. On a vite l'explication : es el día de los peatones, le jour des piétons. La ville est interdite aux véhicules à moteur. Aucune voiture, aucun bus, même pas un taxi. Ça, l'office de tourisme avait oublié de nous le dire.
Adieu la laguna de Tarapaya, on se rabat alors vers la visite de la ville.
Partout des vélos, des trottinettes, des voiture à pédales, voire électriques.
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| Parcours vélo pour les ados |
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| église San Bernardo |






































Vous aurez bonne " mine " au retour, avec des reflets d'argent. Bernard
RépondreSupprimerEn 2019 nous avions aussi été présenté au même tío au fond d'une galerie, à qui nous avions fait quelques offrandes.
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